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 [Terminé] Souvenirs, enquête et face à face [Solo]

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Amélia de Saint-Gil
La Baronne


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MessageSujet: [Terminé] Souvenirs, enquête et face à face [Solo]    Mar 10 Mai - 22:58


Au fond d’une grotte, face au mur d’une pièce de pierre nue et sans fenêtre se tenait une silhouette. Belle, élancée et féminine on sentait pourtant poindre la tension dans chacun de ses muscles à travers les pans vaporeux de sa robe d’ébène. Des pokémons présents dans la pièce, aucune ne semblait avoir le courage de la regarder en face, comme si le moindre regard pouvait suffire à annihiler toute source de vie de la chose sur laquelle il se poserait. Elle devinait le vacarme au loin dehors, les cris, la débandade absolue face à un adversaire qu’ils ne pourraient vaincre. Comment était-ce possible ? Où s’était trouvée la faille ? Elle ne s’en souciait pas, la seule chose qui la préoccupait encore à cette heure tardive était de connaitre son propre sort. Elle savait lequel lui était réservé si quiconque parvenait à la faire sortir de ces murs mais elle ne pouvait se résoudre à quitter cet abri qui lui servait à présent de prison. En ces lieux elle était une reine, au dehors elle ne serait plus qu’une esclave. Jamais elle ne le permettrait.

Elle en était pourtant certaine, une planche de salut lui était destinée et elle l’attendait là, tout près. Si ses alliés n’avaient pas suffit à annihiler le peuple de cette île pour briser leur chaine, c’était que personne n’en serait plus capable. Etait elle la seule à voir la vérité se dessiner ? Elle détenait des informations, des preuves, elle le savait le jour de la condamnation était proche. Seule cette pensée l’obsédait, cette prophétie mortelle qui faisait sonner chacun jours comme un glas morbide. Le monde serait bientôt lavé des atrocités qui le peuplait, et ce jour ça, elle reposera en paix. Qui se présentera comme héritier de ce savoir ? Seul l’avenir le lui dirait. Et alors que les grands de ce monde s’entretueraient comme des chiens dans une arène, elle disparaitrait une fois encore comme un nuage de fumée s’évapore au gré d’une brise.

Dans un grand bruit de fracas la porte de la salle s’ouvrir et laissa les anciennes compagnes de la déesse découvrir sa plus fidèle commandante, habillée de son éternelle tenue d’apparat, haletante alors que sur son front perlait quelques gouttes, la rendant plus étincelante que jamais. La reine noire quand à elle n’avait pas même cillé depuis son arrivée, encaissant le choc du bois contre la pierre sans même un sursaut.


- Tu es en retard Valera.
- J’avais perdu espoir de te retrouver ici… La ligue entoure le QG, ils ne sont qu’à deux doigts de pénétrer l’enceinte de la base, il faut nous enfuir sinon !…
- As tu rempli ta tâche ?

Le ton de la jeune femme était aussi froid que le coeur de sa spectre de glace et avait tranché la phrase de sa commandante avec autant de méticulosité qu’un scalpel. Elle ne se souciait ni de son sort, ni de la nouvelle venue ni de rien d’autre. Seule la prophétie comptait. Elle devait se réaliser et pour ça, la pierre se ferait détentrice éternelle du savoir de la déesse. Son heure était proche. L’une de ses compagne lui avait confié ce secret et son angoisse palpable en disait long sur ce qu’il allait advenir. Devait elle chercher à contrer son destin ? Elle n’avait pas a fuir une chose dont elle possédait le plain contrôle. Fuir ces murs et se créer une fois encore une identité nouvelle avant de retrouver ses activités de sauvetage ? Elle ne pouvait s’y résoudre avant que sa vengeance ne soit parfaitement planifiée, et à cet instant alors elle pourrait renaitre de ses cendre et observer enfin la destruction de cette terre qui la répugnait.

- L’hypnose a fonctionné.

Se tournant enfin, la reine noire put faire face à sa subordonnée dont le visage masquait mal la crainte et l’appréhension de cette ultime entrevue. Sa satisfaction personnelle n’en fut que plus grande. Elle aimait la voir ainsi, en proie au doute et à la peur face à quelqu’un dont elle se sentait si proche, si similaire… La pauvre créature n’était rien à ses cotés, rien qu’une ombre éternellement vouée à la suivre et à agir selon son bon vouloir et ses envies. Cependant, une étrange sensation émanait d’elle. Un stress nouveau qui ne trouvait de réponse nulle part en ce lieu. Durcissant ses traits elle fixa son regard terrible dans celui fuyant de la commandante en face d’elle.

- Tu sembles agitée petite fleur. Aurais tu oublié de mentionner quelques détails ?
- Le… Le coffret n’était plus en place.
- Comment ?

La manière dont la jeune femme venait d’hausser le ton força la commandante à reculer d’un pas hésitant tout en baissant plus encore sa tête. Elle sentait les larmes lui monter aux yeux, brouiller sa vision et briser sa crédibilité cependant, sa culpabilité et l’intimidation dont elle subissait les affres étaient trop fortes. Ne pouvant plus lutter contre le flot de paroles qui se bousculait dans son esprit elle tenta de s’expliquer vainement, ne trouvant plus l’ancien charisme ou les talents oratoires dont elle avait fait preuve par le passé.

- Je ne pensais pas que ça arriverait !… Le gardien n’avait pas révélé ce qu’il avait vu et sa mémoire n’en a plus aucun souvenir et… quand je… Nous sommes arrivés sur place… La terre était retournée et Astrid a eu beau chercher… Je lui ai demandé de sonder toute la zone il n’y avait rien… Je m’en veux mais… C’est incompréhensible…
- Incompréhensible, dis tu ?

Laissant planer le doute sur l’esprit de sa jeune subordonnée, la maitresse des lieux se rapprocha encore un peu plus d’elle la toisant d’un oeil noir, sombre et vide de toute émotion. La découvrant sous cette lumière la brunette encapuchonnée ne pu même pas imaginer une seconde qu’elle soit la personne qu’elle avait connu. Ou qu’elle avait cru connaitre. Les lèvres incarnat de la reine noire étaient pincées dans une expression de colère douloureusement contenue et lorsqu’elle passa son index sous le menton de Valera pour la forcer à soutenir son regard, ce ne fut pas un ongle mais une griffe acérée que la commandante sentit érafler sa peau à nu.

- Je ne vois pas ce qu’il y a de difficile à comprendre. Tu as été imprudente, et quelqu’un à trouvé l’emplacement de la tombe. Il y est allé, a creusé et a découvert le coffret avant de s’enfuir avec son contenu non sans avoir camouflé son geste.

Une angoisse sembla traverser le visage pâlissant de la déesse alors qu’elle venait à peine de terminer d’exposer le timbre plein de haine froide son raisonnement à sa commandante. Si tout s’était déroulé ainsi, cela voulait donc signifier que…

- A quelle profondeur avait tu enterré le coffre ?
- Je ne sais plus !… Je pensais que la gisante serait suffisante pour dissuader…
- A quelle profondeur ?

Ne se retenant plus, la femme de pouvoir avait empoigné le col des vêtements de l’ancienne religieuse, la forçant à se tenir sur la pointe des pieds et provoquant en elle une terreur que rien n’avait encore précédé et que rien n’égalerait jamais. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues blanches d’angoisses et son regard devenait suppliant face à la haine nouvelle à laquelle elle faisait face. Comprenant que rien n’émanerait de la commandante de cette manière, la reine noire radoucit ses trait et relâcha son emprise laissant choir sa proie sur le sol. Suintant de condescendance elle se mit à tourner autour d’elle, l’observant sangloter maladroitement comme n’importe quelle représentante de sa pathétique petite espèce. Et c’était avec ça qu’elle avait partagé les rênes du pouvoir ? Ce qu’elle avait pu être idiote.

Les règles venaient de changer. Si quiconque s’était rendu compte de son ultime secret, le dernier atout qu’elle gardait en sa manche, plus rien ne lui restait. Elle ne représentait plus rien aux yeux de ligue que la plus puissante représentante d’une ancienne puissance aujourd’hui agonisante et vaincue. Que pouvait elle espérer mis à part la potence ? Ou l’emprisonnement ? Jamais personne n’aurait le pouvoir de la retenir en cage. Jamais personne ne la verrait pendre et s’accrocher à la vie au bout d’un noeud. Elle périrais comme une reine, mais non sans laisser un souvenir impénétrable dans l’esprit de ceux qui l’avaient trahis. S’écartant de sa victime au sol, elle s’avança vers un porte-manteau duquel pendait mollement une ombrelle, espérant sans doute le retour de sa propriétaire. S’en saisissant, la déesse se mit à l’étudier comme si elle n’avait jamais vu une oeuvre aussi délicate, la tenant comme si la moindre pression risquait de la briser.


- Tu vois petite fleur, cet objet est la seule chose qui me reste à présent. Un unique vestige d’un passé qui n’existe plus et devant lequel aucun futur ne se trace.

Le flot de larmes de la commandante n’avait pas cessé cependant elle avait relevé la tête afin de voir sa supérieure revenir lentement et cérémonieusement se placer devant elle. Elle était si belle, si forte, si cruelle. Elle le savait maintenant, elle ne lui serait jamais égale si ce n’est par l’apparence mais avait elle seulement bien fait de l’espérer avant cet instant. Pourquoi était-ce ce visage qu’elle lui montrait désormais ? N’y avait il aucun moyen de revenir en arrière ? Sa petite voix brisée s’éleva tout de même, saccadée par les pleurs et l’émotion.

- Il y a toujours une solution… Toujours un avenir… Pitié ne dis pas ça…
- Je ne dis que la vérité. L’entière, exacte et abominable vérité. Tout ce qui nous entoure est fait pour disparaitre et seule des ruines et des souvenirs fugaces se porteront garants de Notre mémoire.

Posant un genoux à terre, les pans de la longue tunique s’étalant harmonieusement autour d’elle, la Fleur du mal posa délicatement sa main sur la joue de sa spectatrice l’incitant doucement à se relever. Son ton était redevenu calme, serein et vide de toute sensation. N’amoindrissant pas la peur de la commandante, elle parvint cependant à retrouver une posture digne et tenta en vain d’essuyer ses larmes sur l’une de ses longues manches soyeuses. Jusqu’où la déesse se laisserait t’elle porter par la déception que lui avait fait éprouver la prêtresse déchue ? Elle ne cessait de s’en poser la question. Plus elle écoutait ses paroles et plus elle se trouvait seule, atterrée, abandonnée et vide.

- Tu m’auras au moins appris une chose petite fleur, aucun opposé n’existe pour cohabiter avec son contraire. Seule la destruction attend les deux extrêmes qui se rencontrent et oeuvrent main dans la main. Ce monde hideux ne méritait pas que l’on tente de le sauver de la menace qui grouille en lui depuis maintenant des millénaires, et personne ne méritait de saisir la main que je tendais pour l’élever au dessus de la masse puante de l’humanité.

Une flèche venait de transpercer le coeur de la commandante. Alors était ce cela que sa reine pensait d’elle ? Etait ce là la raison pour laquelle elle lui interdisait à présent de l’interpeller par son prénom ? Et pour laquelle elle en faisait de même. Pour la première fois, le goût amer de la trahison pointa sur les lèvres de la brune jusqu’à l’en brûler. C’était impossible, et elle refusait encore loyalement d’y croire.

- Notre temps s’achève. Et bientôt l’ultime lueur d’espoir s’éteindra pour laisser place à la nuit éternelle. Et alors chacun dans une même voix portera le message que j’aurais clamé comme un fardeau et alors il sera trop tard…

La personnalité délirante et impassible de la jeune femme ne cessait d’effrayer la prêtresse dont les joues se voyaient une fois encore maculées de larmes fraiches. Elle voyait en cette silhouette drapée de noir à présent le visage de sa mère, elle qui l’avait tant détesté et qui pourtant lui ressemblait tant. Et comme lorsqu’elle l’avait perdue, la religieuse sentait sa soeur s’échapper et partir là où plus jamais elle ne pourrais l’atteindre.

- Je t'en prie… Ne dis pas ça… Je suis encore là, moi. Peu importe ce que le futur nous réserve je resterais à tes cotés pour toujours…

Un regard glacé transperça la jeune femme. Quittant son manège, la reine noire se rapprocha doucement de la commandante, comme un félin joue avec sa proie et lui expliqua d’une voix mielleuse et condescendante.

- Tu n’as toujours pas compris alors ? Plus rien ne Nous est réservé, l’avenir appartient aux mortels. Le monde ne veut pas de Nous, le monde refuse de changer et ne le fera que par la force. Vois tu petite fleur, il arrive un temps… Ou tout être finit par se faner.

Cette image fit frissonner Valera qui sentit son rythme cardiaque s’accélérer au fil de ses angoisses. Elle était prisonnière d’un horrible cauchemar que rien ne saurait briser et dont une autre tirait les ficelles. Elle voulait reculer, fuir, chercher refuge ailleurs que dans cet enfer souterrain mais ses jambes lui refusaient ce privilège. Seule la terreur pâle animait son esprit à présent, prisonnière d’un corps qui ne lui appartenait plus. Elle vit la fleur du mal détacher le manche de son ombrelle pour en dégager un fin poignard à la lame d’argent, brillant d’un éclat malsain à la lueur de flammes qui n’existaient pas. Sous ce spectacle infâme, la spectre gelée présente dans la pièce voulut s’interposer mais fut privée de toute initiative par la magicienne obscure qui se délectait quand à elle de ce spectacle abominable. Les autres ne firent rien.

La tête de la none déchue lui tournait et alors que sa respiration toujours plus rapide venait à lui manquer, elle sentit le manche froid de l’arme se glisser au creux de sa paume. Puis elle sentit les mains de la maitresse de ces lieux se refermer par dessus les siennes. En proie à une peur que rien ne pouvait terrasser elle n’eu même pas la force de lutter et se contenta d’articuler en secouant machinalement la tête.


- Ne fais pas ça…
- Tu sais bien que je dois le faire. Et tu sais aussi que rien qui soit en ton pouvoir ne m’en empêchera.

Une ultime fois la demoiselle vit les traits de la reine obscure se durcir avant que la colère ne s’empare de son esprit.

- Tu avais en main les cartes pour tout changer ! Tout aurait pu finir différemment mais il est maintenant trop tard. Tu m’avait supplié de te faire confiance, et voilà les seuls lauriers que j’en récolte ! Voilà ce que tu me fais ! Tu as toujours été une incapable, une ombre dans mon sillage rien d’autre qu’un faire-valoir un reflet ingrat dans une glace brisée. J’aurais dû te détruire en même temps que les autres !

Incrédule, les lèvres de la brunette ne purent qu’esquisser les deux derniers mots qui venaient d’être prononcés pendant que la Fleur du mal elle, se délectait de son expression.

- Pensais tu réellement que l’incendie s’était miraculeusement déclenché il y a dix ans ce cela ? Pensais tu que ça ait été un hasard que personne n’en ai survécu à par Nous ? Ma seule erreur a été de t’envoyer en exil parmi les morts de Kanto. N’as tu pas ouvert le coffret que je t’ai confié pour y reconnaitre la flasque diamanté de Notre père ? Jamais je n’aurais du laisser nos chemins nous recroiser. Mais n’ai aucune inquiétude, je vais remédier à ce problème. Personnellement.

A ces mots, la brunette sentit le métal déchirer le tissus, transpercer la chair et se teinter d’un sombre éclat sanguin. A la lueur faible de la pièce, le liquide semblait plus noir que rouge étrangement. N’osant baisser les yeux sur sa main qu’elle devinait enduite cette poisse infecte, elle refusait de croire que tout se passait réellement sous ses yeux affolés. Chacune des deux femme accompagna la seconde au sol, se fixant d’un regard interdit. Puis sans relâcher sa prise sur le poignard, la reine noire attira la tête de sa commandante vers elle afin de lui souffler quelques mots à l’oreille, tachant sa capuche d’un carmin inhabituel, son sourire plus écarlate que jamais.

- Souris petite fleur… Je t’aurais au moins appris une chose.

Son sourire retomba et la prêtresse soupesa tout le sérieux qui planait dans la fin de cette phrase.

- A te salir les mains.
- Ephira s’il te plait…

La simple entente de son nom suffit à exaspérer l’incarnation du chaos et brisant alors le contact elle repoussa sa jumelle qui s’écrasa sur la pierre froide de la grotte.

- Je t’ai interdit de m’appeler de la sorte ! Ce nom là n’existe plus ! Elle a succombé a tes imprudences et à l’erreur qu’elle commis en te confiant sa tâche. Seule Eris compte a présent, seule elle restera jusqu’à la chute inéluctable du déclin des Hommes. Il te sera inutile de me chercher, de hanter les vagues souvenirs qui pourraient subsister à la fin de cette existence. Jamais tu ne me trouveras. Et jamais je ne te laisserais m’atteindre. Peu importe les liens qui nous unissent ou les différences qui nous séparent tu ne sera plus jamais qu’une étrangère à mes yeux…

Jamais la fin de cette tirade ne serait connue pour qui que ce soit dans la pièce. Les paroles de la reine tombée s’évaporèrent peu à peu alors que sa voix devenait distante. Jusqu’à ce que dans la pièce, les lumières ne meurent pour laisser place à l’obscurité.

HRP Climat:
 

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Dernière édition par Amélia de Saint-Gil le Sam 25 Juin - 2:00, édité 1 fois
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Amélia de Saint-Gil
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MessageSujet: Re: [Terminé] Souvenirs, enquête et face à face [Solo]    Mer 22 Juin - 20:13

Appuyée sur le capot de sa voiture, sa fine silhouette masquant une partie de la lumière allumée des phares de la Spyker, la baronne observait sans dire un mot le paysage qui se déroulait sous ses yeux. Désolation, obscurité, tristesse et mélancolie… Toutes ces émotions réunies en un seul et même lieu venaient la hanter et ternir l’éclat malicieux de son visage. Seuls deux types d’endroits lui inspiraient ce genre de haine nostalgique et froide : les cimetières et les hôpitaux. Et voilà qu’elle s’était trouvée dans l’obligation de fouler le sol crissant et mort de la ville fantôme, tout ça à cause d’une piste sans doute froide  l’heure qu’il était, qu’elle avait obstinément et aveuglément suivit. Poussant un énième soupir, elle baissa les yeux sur sa montre d’argent qui saillait son poignet tout en cherchant de nouvelles raisons de patienter encore en attendant son contact. Toute habillée de noir, la chemise sombre de tissus translucide et vaporeux laissait apercevoir la taille de la jeune femme à travers le rayon jaunâtre de lumière qui la traversait, avant que le tissus disparaisse sous la taille haute de son pantalon. Un gros noeud ornait son vêtement et laissait pendre mollement ses deux branches comme une cravate asymétrique jusqu’à son nombril. Si qui que ce soit avait eu l’occasion de la croiser cette nuit là, elle aurait reçu de sa part ses condoléances attristé envers le défunt qu’elle venait retrouver, mais son but était tout autre cependant.

Il s’était avéré qu’en fouillant dans des dossiers auxquels elle n’avait pas accès, savamment dissimulés au fin fond d’un ordinateur qui n’était pas le sien, un fichier énigmatique avait su attirer son attention. Son contenu, sa provenance et les péripéties qui suivirent feront sans doute l’objet d’une autre histoire aussi ne nous intéresserons nous uniquement au résultat que cette trouvaille s’apprêtait à engendrer. En retrait par rapport à la demoiselle, Charles, Gustave et César semblaient eux aussi patienter en silence, n’osant rompre le silence qu’avait instauré Amélia et ce depuis que la silhouette du mausolée s’était dessiné au loin. Mis à part leur destination, aucune information ne leur avait été donnée sans doute dans le but de ne pas ébruiter leur petite escapade ou plus simplement, le fait que la détective ai pu mettre la main illégalement sur un des rapports confidentiels de la ligue. Une autre solution aurait voulu que la baronne ne souhaite simplement pas parler ouvertement de sa présence dans un cimetière cependant aucune question ne lui fut adressée dans ce sens. Au moment présent elle rêvait juste de pouvoir repartir ou de griller une cigarette.

Puis sortant de nulle part, un bruit de pas dans le gravier commença à se faire entendre tout en se rapprochant petit à petit du quatuor exilé avant que la silhouette d’un homme n’apparaisse à son tour dans la lumière. Plus grand que la détective d’une bonne tête, le trentenaire affichait un air sérieux et confiant alors que sa mine salie laissait entrevoir une jeune repousse à la suite d’un rasage vieux de plusieurs jours. Lui aussi vêtu de la même teinte que la jeune femme, il portait un grand manteau d’un cuir qui avait vécu des jours meilleurs, une chemise et un pantalon sans grande spécificité ainsi que des mitaines boulochées que la poussière et la crasse avait rendu grises. Dans une de ses mains se trouvait une pelle massive dont le manche devait facilement faire 1m55. Malgré son imposante stature, sa proximité n’inspirait aucune crainte ou angoisse et la jeune femme n’hésita pas à échanger une ferme poignée de main avec lui, enfin soulagée de se trouver en compagnie de l’homme qu’elle attendait depuis le début.


- Madame la baronne je présume ?
- Amélia de Saint-Gil. Vous devez être…
- Le fossoyeur de la zone Ouest. Désolé pour le retard, depuis combien de temps êtes vous arrivée ?
- Pas énormément, mentit-elle. Comment dois-je m’adresser à vous ?
- Ne vous donnez pas la peine de chercher des politesses, “fossoyeur” suffira. Laissez votre véhicule ici, le mien sera plus pratique pour se déplacer dans les allées.

Ne relevant pas plus que nécessaire l’excentricité nominative de son interlocuteur, elle eu besoin de quelques secondes de réflexions avant de se décider à enfin verrouiller la Spyker et faire signe à ses acolytes de la suivre. Elle n’avait pas expressément demandé la permission pour garder ses accompagnateurs mais son visage laissait entendre qu’en aucun cas elle ne s’en séparerais ce soir. Suivant silencieusement le brun qui ouvrait la marche, ses yeux passaient d’une tombe à l’autre tout en arborant une expression indéchiffrable, incarnant un respect qui ne lui ressemblait que trop peu. Marchant à ses cotés, ses pokémons échangeaient des regards perplexes, ne sachant pas s’il devaient manifester leur présence et le soutient qu’ils espéraient lui porter ou au contraire conserver cette attitude silencieuse et mimétique. Sans cesser de marcher, ralentissant tout de même son allure le fossoyeur sembla chercher quelque chose dans sa poche puis après l’avoir trouvé, le tendit à Amélia qui eu un mouvement de recul avant de découvrir ce dont il s’agissait.

- Vous semblez inquiète, ce serait peut être une bonne idée de garder ça sur vous.

Haussant un sourcil, elle n’eut pas à attendre bien longtemps avant que des explication n’arrivent d’elles même.

- C’est une rune purificatrice, elle éloigne les spectres et les pokémons sauvages.
- Je n’ai pas peur des fantôme si là est votre question maladroitement formulée.
- Prenez là quand même.

Se retenant de lever les yeux au ciel, elle se saisit du morceau de papier avant de le glisser négligemment dans la poche de son pantalon, peu persuadée de l’efficacité ou même de l’utilité de la chose. En arrivant sur la place où se dressait le monument aux victimes du cataclysme, la détective fut surprise de trouver une carriole de bois éclairée par le feu du galopa qui y était attelé. Tournant le regard vers son guide, elle n’eut pas le temps de lui demander s’il s’agissait là d’une plaisanterie qu’il prit par lui même les devant, s’installant à la place du conducteur.

- C’est le seul type de véhicule autorisé à circuler dans les allées de la ville. Une alternative propre qui plait aux touristes à ce qu’il paraît.
- Aux touristes ?…
- Certains aiment tester leur limites et préfèrent visiter cet endroit plutôt qu’une simple maison hantée. Chacun trouve son bonheur où il peut.

Aucune remarque noire, ironique ou cinglante ne fut prononcée par Amélia suivant le constat du fossoyeur, signe une fois encore que cet environnement ne lui plaisait guère. Ou le comportement de ces soit-disant touriste peut être ? Le lien qu’elle partageait avec les cimetières était obscur, secret et douloureux et c’était la première fois qu’elle laissait ses associés l’accompagner dans un tel endroit par ailleurs. Alors que le mackogneur et l’ossatueur se serrèrent sur le banc face à celui de la baronne, son démolosse quand à lui préféra trottiner aux cotés du véhicule toujours à l’affut de ce qui se passait autour de lui. Le silence iniquement rompu par les craquements du bois contre le gravier fut bientôt plus distinctement brisé alors que la voix de la baronne flotta jusqu’au conducteur.

- Vous êtes certain que la tombe est vide n’est-ce-pas ?
- Bien entendu comme je vous l’ai déjà confirmé. Je croyais que vous n’aviez pas peur des fantômes ?
- Et c’est le cas. Ces histoires de croques-mitaines n’ont été crées uniquement pour forcer les gosses à manger leur soupe ou faire faire des bénéfices à l’industrie du cinéma.

Aussi sincère soit-elle, la demoiselle sentait que son explication ne suffisait pas à convaincre le fossoyeur aussi ajouta elle quelques poignées de secondes plus tard, non sans avoir audiblement soupiré au préalable.

- Légalement parlant, creuser une tombe vide revient à faire un trou sur un terrain privé. C’est punissable sauf dans la mesure où c’est votre travail de le faire. Creuser une tombe pleine sans mandat par contre correspond à une violation de sépulture et il s’agit là de la dernière chose dont j’ai envie qui me tombe dessus.

Acquiesçant le raisonnement de la jeune femme dans un signe de tête, elle ne réussit pourtant pas  à déterminer s’il la croyait ou non. De toute façon peu lui importait du moment qu’elle trouvait ce qu’elle était venue chercher au bout du compte. Posant massivement son coude sur la bordure qui lui servait d’accoudoir, elle laissa son menton reposer sur son poignet tout en observant le paysage défiler devant ses yeux. Toujours le même, inlassablement et inexorablement le même paysage. Son esprit dérivait au fil de ses pensées, résistant tant bien que mal à l’appel enivrant des souvenirs douloureux qui venaient s’échouer devant ses yeux tels des mirages morbides. Ressentant tant bien que mal à l’appel des sirènes, elle préféra demander de nouvelles informations sans pour autant varier sa position.

- Cette tombe est antérieure à la destruction de la ville n’est ce pas ?
- C’est exact, oui.
- Dans ce cas, pourquoi n’a elle pas été percée à jour lors de la restructuration de la... "ville" ?
- Pour une raison très simple. Même avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la ville possédait son propre cimetière et ce dernier n’a pas varié d’un pouce depuis la grande catastrophe.
- Il était mixte ?
- Non.
- Comment ça se fait que personne n’ai jamais fait le lien avant dans ce cas ?
- Il ne s’agissait aux yeux de tous que d’une tombe excentrique placée au mauvais endroit. Les autorités avaient d’autres choses à faire que de la déplacer indépendamment des autres lors de la reconstruction d’autant plus que quelques ficelles ont dû être tirées dans ce sens à ce moment là.
- Vous étiez déjà en poste quand elle a été faite si je me souviens bien, c’est donc vous qui avez dû la creuser.
- Oui… Et non. J’étais bel et bien déjà en charge du cimetière de la ville il y a un an de cela, cependant…
- Cependant ?
- Ce n’est pas moi qui l’ai creusée, ni personne d’autre d’ailleurs. Elle est apparue d’un jour sur l’autre comme par enchantement et tous les jours une fleur neuve viens orner sa gisante.

Laissant s’échapper un éclat de rire incrédule et suffisant, la baronne tourna la tête dans la direction de son conducteur bien décidée à lui rappeler une ultime fois qu’elle n’avait aucunement foi en ces contes de fées et légendes absurdes. Cependant, l’homme toujours assit droit face à la route ne l’inspira pas assez pour qu’elle ne se permettre d’objecter une nouvelle fois. Vu son attitude il semblait croire à son histoire et la détective ne sut pas si elle devait en rire ou en avoir la chair de poule.

Au bout de longues minutes au clair de lune, ils débouchèrent bientôt sur une petite zone délimitée par une barrière en bois à l’agonie et où des pierres massives racontaient chacune la souffrance des vivants à la mémoire de l’être perdu. Dissimulée par un muret envahi de lierre se trouvait une tombe plus imposante que les autres, ornée d’une gisante magnifique et débordant de réalisme. La demoiselle endormie ne portait qu’une tunique dont la pierre laissait transparaitre la légèreté et ses cheveux gracieusement disposés autour de son crâne pouvaient laisser croire qu’un coup de vent suffirait à les soulever. Son visage innocent et doux possédait quand à lui le charme d’une jeunesse que le temps n’altèrerait jamais. Sautant de la charrette, la détective semblait retrouver un semblant de vie alors que son travail retrouvait sa place en ce lieux et sans plus de cérémonie et s’avança doucement de la pierre tombale pour en lire le sobre épitaphe qui y était gravé.


“Éris
Déesse parmi les femme,
Cauchemar parmi les hommes”


- Qui que ce soit, elle ne se refusait rien on dirait… Gustave, pourrait tu délicatement dégager cette jeune femme je te prie ? Après ça, ce sera à vous d’entrer en scène, lança t’elle au fossoyeur.

Elle avait prit contact avec cet homme il y a quelques semaines de cela déjà et n’arrivait toujours pas à comprendre ses exactes motivation à lui venir en aide concernant ce cas. Il avait refusé une compensation financière, décliné les services de la jeune femme en cas où il en aurait besoin un jour… C’était à croire qu’il voulait lui même percer le mystère de la tombe vide mais n’en avait jamais eu le courage ou l’opportunité auparavant. Une fois la stèle écartée, le brun se mit au travail durant de très longues minutes, temps pendant lequel Amélia retrouva un peu son entrain et attitude habituelle lançant quelques phrases à ses pokémons pour passer le temps sans quitter des yeux la stèle gravée qui s’enfonçait toujours plus bas dans le sol. Anormalement bas. Ce not fut qu’au bout d’une heure que de nouvelles gravures se mirent à faire surface, elles aussi écrites à même le marbre mais ce, à deux bon mètre de profondeur. Intimant le fossoyeur de ne surtout pas cesser, la baronne put découvrir un texte écrit en miroir, délibérément caché par le propriétaire de cet emplacement. Essoufflé et perlant de sueur, l’homme retira son manteau et le lança au bord du trou, remarquant la détective concentrée sur le texte, les mains sur les hanches.

- Vous ne le… notez pas ? Ou prenez… une photo… Quelque chose comme… ça ?
- J’ai beaucoup mieux que les photos ou les notes juste ici

Répondit elle en pointant sa tempe de son index. Sa mémoire immédiate et quasi-infaillible ne ferait aucunement défaut et elle était fière de pouvoir faire apanage de son atout le plus précieux dans un cas comme celui là. En bonne ambidextre, et par extension gauchère, elle était apte à lire et écrire en miroir et après ses capacité mémorielles feraient le reste. Fermant les yeux, elle récita ce qu’elle venait de retenir vérifiant qu’elle n’omettait rien.

- “Amis et ennemis, travaillant d'arrache pied,
Devront main dans la main, à ce combat œuvrer.
Si le sceau de Rodin, venait à se briser
Oubliez assassins, criminels et tueurs.
Le mal qui sera là, vous fera bien plus peur.
L'Ombre plane déjà, et elle attend son heure.”
Je n’ai… Rien compris. Mais ça viendra avec un peu de chance.


Aucune erreur, tout y était et elle ne saisissait pas le sens d’un traitre mot de cette poésie étrange. En tout cas, une chose était sûre, deux pièces de puzzle venaient de s’assembler dans sa tête. Elle connaissait l’identité de la personne qui avait fait creuser cette tombe et graver ce texte. Pendant ce temps, le fossoyeur s’affairait à tamponner un mouchoir sur son front et alors qu’il voulut planter sa pelle dans la terre afin de libérer ses deux mains, un bruit de mauvaise augure fit pâlir l’aristocrate et sursauter le guide. Un léger “toc”, creux et étouffé par la terre venait de retentir brisant la sérénité du lieux et la réflexion de la demoiselle.

- Vous m’aviez dit que cette tombe était vide…
- J’en étais convaincu pourtant !
- Laissez moi douter de vos certitudes dans ce cas… Dépêchez vous de remonter et de reboucher ce trou, Gustave, aide le si besoin.

Le fossoyeur referma sa main sur le manche de son outil planté dans le sol et tomba alors aussitôt sur la terre froide et humide, inconscient sous le regard horrifié de la baronne et de ses pokémons. Aussitôt à l’affut, ils se mirent en position alors que le teint de la baronne devenait plus blanc encore, contrastant cruellement sur ses vêtements sombres. Ne sachant que faire pour le moment, elle savait qu’elle ne pouvait tourner les talons et partir en laissant la scène comme elle était sous peine d’attirer les soupçons des autorités et de révéler aux yeux du grand public sa découverte. Puis quelques secondes d’angoisses passèrent et l’homme se releva en titubant, l’air perdu et hagard déclenchant un soupir de soulagement chez la jeune femme. Au moins elle n’aurait pas à traiter avec un cadavre et encore moins à expliquer une disparition. Le mackogneur l’aida à se hisser hors du trou et alors, à peine remis sur ses pieds le type fonça sur la jeune femme les mains en avant prêtes à se refermer sur n’importe quoi, plus particulièrement sa gorge. Heureusement le colosse intercepta le fou de justesse et le maintint en place à la force de ses quatre bras. Ses yeux injectés de sang lançait un regard haineux à la baronne et alors trouva il la force de prononcer, avec la plus grande peine du monde.

- Vous… n’au…riez…. pas… dû…. Tu… dois…. mou… rir…. Si…len…ce… mort…

Puis il se mit à convulser, actionné par la force du désespoir, toujours maintenu par le colosse bien décidé à tenir bon. César s'était mit à aboyer sauvagement dans sa direction, montrant des crocs intimidant alors que Charles tenait son os comme une masse à deux mains. Ne sachant que faire, la baronne glissa sa main dans sa poche et serra la rune qui lui avait été confiée tout à l’heure. Il y avait des fois où la réalité devait passer au delà des croyances et des convictions.

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Amélia de Saint-Gil
La Baronne


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MessageSujet: Re: [Terminé] Souvenirs, enquête et face à face [Solo]    Sam 25 Juin - 1:59


Cherchant à retrouver son calme, Amélia dû faire un effort énorme pour éclaircir son esprit alors que sous ses yeux le spectacle horrifique continuait de se dérouler sans que rien ne puisse le faire cesser. Ce n’était pas sous son propre chef que le fossoyeur s’était brusquement retourné contre elle aussi quel était la raison de ce si brusque changement ? Elle devinait sous les tempes du pauvre homme ses veines battantes, chacun de ses muscles tendus suivant le tracé d’une douleur indéchiffrable. Toutes ses pensées se rejoignaient en un seul et même point : quel serait la manière de faire cesser le calvaire de l’homme tout en prenant le moins de risques possible. Ses paupières papillonnent, elle chercha parmi ses trop nombreux souvenir un occasion similaire à cette dernière et la solution qui avait permit d’y mettre fin surtout. Si au court de sa vie elle avait à de nombreuses occasions fait face à des situations délicates et étranges, celle ci méritait une palme d’honneur et une place en haut du podium.

Elle ne pourrait rien faire tant qu’elle ne serait pas maitresse d’elle même, ses pensées embrumée d’une pellicule opaque de crainte ancestrale de l’inconnu et son coeur battant si fort qu’elle en percevait la force à travers les tremblements de sa chemise légère. En cas d’urgence, la fuite resterait sa plus fidèle alliée mais elle ne pouvait se résoudre à abandonner les lieux sans couvrir ses traces et effacer toute preuve de son passage. Ses pokémons la protégeaient plus qu’efficacement mais combien de temps le mackogneur serait-il en mesure de tenir de la sorte, supportant les convulsions et l’agitation du responsable du cimetière. Le galopa fermement maintenu à son attelage commençait lui aussi à paniquer, piétinant sur place tout en essayant à son tour de se dégager de ses liens, lançant quelques hennissements s’éteindre dans la nuit silencieuse. La baronne ne cessait de s’interroger. Comment avait elle pu se laisser piéger par le destin d’une manière aussi idiote ? Auparavant elle avait évité ce genre de volte-face par l’intermédiaire de Lady Marlene qui sans faille, la prévenait et déviait la course contre le temps. Pourquoi n’était elle pas ici ce soir ? Abandonnait-elle la tâche qu’elle s’était confiée maintenant qu’elle avait été capturée ou plus simplement… Le regard de la jeune femme s’éclaircit et son visage retrouva une teinte de vivacité alors qu’elle venait de réaliser que la réponse à sa question se trouvait juste sous ses yeux. La question qu’elle aurait dû se poser n’était pas de savoir “pourquoi n’était elle pas venue ?” mais plutôt “Avait-elle une raison de venir ?”. Engaillardi par cette pensée, elle se mit à étudier le fossoyeur alors qu’un sourire espiègle retrouvait sa place sur ses lèvres. Sachant qu’elle n’aurait aucune chance de se brûler, elle ne voyait aucun inconvénient à jouer avec le feu.


- Crains… moi…
- Articules mieux dans ce cas.

Provoquant un demi-tour troublé chez l’ossatueur, la réplique de la détective ne manqua pas de faire son petit effet sur l’homme dont le faciès se déforma en une grimace haineuse et agressive. Prit d’une toux terrible, il recommença à se secouer tout en fermant les yeux jusqu’à les ouvrir pour  fixer son interlocutrice qui avait retrouvé du poil de la bête et son état naturel. La sclère des yeux du possédé avait viré vers un jaune malsain et si son regard avait gagné en expression c’était pour perdre en personnalité. Cette vue affreuse provoqua chez sa spectatrice une moue surprise et perplexe quand à ce dont elle était témoin mais à présent convaincue que l’esbroufe serait sa seule et unique arme désormais, elle n’était pas prête à se défaire de cette idée.

- Il ne manque plus que le tour de tête et j’aurais définitivement l’impression de m’être perdue dans un mauvais remake de l’exorciste.
- Ne me tente pas, mortelle.

Ni la baronne ni ses pokémons ne masquèrent leur surprise en entendant les mots prononcés distinctement par le fossoyeur, crachés comme des insultes venimeuses. Son timbre restait le sien et pourtant on devinait quelque chose de changé en lui, une intonation différente et une voix plus profonde comme si une seconde voix venait discrètement se superposer à ses paroles et les dicter. Visiblement intriguée par le tour de passe-passe qui venait d’être exécutée, la demoiselle ne bougea pas d’un pouce pour poser la question  la plus basique qui lui venait en tête.

- Qui êtes vous à la fin ?

Ignorant sa question, l’homme baissa les yeux sur son propre corps tout en tentant de se dégager une ultime fois de l’étreinte qui lui était imposée.

- Ce pantin est formidable… J’aurais dû agir de la sorte il y a bien longtemps déjà.
- Qui êtes vous ? répéta Amélia
- Quel dommage de ne pouvoir être en mesure d’en tester les limites plus encore…
- Qui êtes…Bon ça m’agace, Gustave si tu veux bien te donner la peine.

Lâchant prise d’un de ses bras, le colosse décocha une baffe monumentale contre la joue de son prisonnier, déclenchant chez lui un nouveau regard sinistre avant qu’il ne se mette à rire de manière obscène.

- Tu ne comprend donc pas qu’en blessant cet chose tu ne m’atteint pas ? Le tuer ne m’infligerait absolument rien mis à part me priver de mon nouveau jouet.
- Evitons d’en arriver là ok ? Donc tu es quoi ? Un démon antique, un esprit tordu, ou juste la même personne en version schizophrène ?
- Je t’interdis de te moquer de moi humaine !
- Alors tu n’est pas humain c’est ça ? Je prend note, je prend note… Et tu as des hobbies dans la vie, enfin, quand je dis la vie tu saisis quoi… La rando, le kayak, les puzzle ?
- Assez !

Le type semblait fulminer et ne cessait de s’agiter en essayant en vain de se libérer de la prise qui lui était infligée. S’il avait pu, on devinait sans problème qu’il aurait sauté à la gorge de la détective pour lui arracher son dernier souffle mais c’était sans compter Gustave qui souriait candide et satisfait de se rendre utile. Retrouvant un semblant de calme, le fossoyeur rajouta dans un rictus malsain.

- Réalise tu que la vie de cet homme ne tient qu’à ma volonté ?
- Sans aucun problème. Mais sans lui ça va être dur de continuer ton cirque à ce que j’ai cru comprendre.

La contrariété se lisait sur le visage torturé du possédé ce à quoi il répliqua après une poignée de seconde de réflexion en trop.

- Je pourrais te tuer en une fraction de secondes, tu en sais beaucoup trop pour une simple mortelle.
- Oui je comprends bien mais… répondit la baronne l’air pensive tout en commençant à jouer négligemment avec son pendentif. Si tu veux tant que ça me tuer, pourquoi ne pas l’avoir fait avant ?

La colère déformant les traits du trentenaire, il laissa trainer son regard trop longtemps sur la poche du pantalon de l’aristocrate, les yeux débordant de mépris et suintants de condescendance. Lorsqu’elle comprit la raison d’une pareille réaction, Amélia se mit à rire nerveusement en demandant dans le vide une confirmation que ce qu’elle venait de déduire n’était qu’en fait qu’une blague. Les choses étant ce qu’elles étaient, elle ne se permettrait pas de tenter la chance plus qu’elle ne le faisait déjà et tout en continuant à jouer de son pendentif elle entama.

- Et si nous discutions comme des personnes civilisés plutôt ? En quoi est ce que connaitre une poésie bizarre fait de moi une personne à éliminer ?

Ce fut de nouveau au fossoyeur de rire, se moquant ouvertement de son interlocutrice et de sa question d’une manière dont un homme ne l’aurait jamais fait s’il avait souhaité conserver un semblant de virilité.


- Et tu pensais que j’allais te révéler une telle information simplement parce que tu me l’avais demandé ? Reviens à la réalité ou fait preuve de bon sens ! Je serais une idiote de te parler sans avoir l’assurance de ton décès immédiat.
- Une idiote ? tiqua la baronne

Décontenancée de se voir prise à son propre jeu le fossoyeur ouvrit les lèvres en quête d’une nouvelle réflexion, se rendant rapidement compte que seul le silence serait son allié dans une pareille situation. Prenant son courage à deux main, la baronne fit un pas en avant histoire d’en observer les effets et ces derniers ne se firent pas attendre bien longtemps. L’homme pâlit et tenta de reculer avec la force du désespoir, comme un animal devant lequel on agiterait une flamme. Remettant ses mains dans ses poches, l’aristocrate rajouta d’un air mielleux.

- Alors ? Toujours pas d’explication ?
- Tu faisais moins la fière tout à l’heure, dois je te le rappeler ? Cracha l’homme entre deuxexpirations bruyantes
- Comme les temps changent…
- Je te ferais payer, tout comme je ferais payer à celui qui m’a fait ça !
- Qui t’as fait ça ?
- Ces affaires te dépassent et tu n’es aucunement en positions de le savoir, mortelle.
- J’ai toute la nuit moi tu sais !
- Quand à moi, l’éternité.

La détective se mordilla la lèvre tout en accordant intérieurement le fait que là, le fossoyeur ou la chose qui l’habitait venait de marquer un point. Puis elle baissa les yeux vers sa poche, les releva vers l’homme, sa poche, l’homme… Et refit un pas en avant en souriant exagérément, ne bronchant pas sous son expression de souffrance terrible, sachant qu’elle n’apprenait pas à proprement parlé à l’homme. Il se mit à littéralement hurler.

- Ce sera par ta faute que cette créature mourra !
Ooooh, ben va y fait le qu’on en parle plus ! Y en a marre à la fin, tu répond à rien et la seule chose que tu fais c’est menace, menace, menace… Alors moins de bla-bla plus d’action. En plus regarde, il a creusé sa tombe tout seul.

Feignant l’exaspération, Amélia savait pertinemment qu’il ne s’agissait là que d’un énorme coup de bluff qui avait intérêt à réussir pour sa survie et celle du type qui l’avait si gentiment emmené ici. Heureusement pour elle, sous la déformation induite par le malaise de la proximité de la rune, l’ensemble des personnes présente pu déceler un mal être sur le visage du possédé qui ne pouvait venir que d’une seule raison. La chose ne mettait pas en place ses menaces non pas parce qu’elle ne le voulait pas, mais plutôt parce que pour une obscure raison elle ne le pouvait pas. Jouant sur cette corde sensible la baronne demanda une ultime fois, sortant le papier de sa poche pour le tenir visiblement devant elle.

- Toujours rien à dire ?
- Si ! Si !... Laisse moi parler !… Je t'en prie écoute moi...

Ecarquillant les yeux d’un air entendu, la jeune femme attendit la suite après que les plaintes ne se soient tues, le fossoyeur s’affaissant petit à petit en sous l’effet de la torture qu’il subissait. Puis relevant d’un coup la tête dans une expression de haine et de mépris sans borne il souffla.


- Vieillit et meure !…

Terriblement agacée par ce manque de bonne volonté, la détective se décida enfin à coller sa rune sur le font luisant du fossoyeur croquant chez lui un râle de douleur terrible. Maintenant le papier en place, elle le sentit tomber une nouvelle fois dans les pommes alors que le cri qu’il poussait semblait s’éloigner de lui petit à petit, jusqu’à ce qu’une silhouette n’apparaisse derrière la sienne. Lançant un signal à Gustave, la baronne réceptionna du mieux qu’elle pu le corps de l’homme et manqua tomber à la renverse sous son poids, pendant que le mackogneur se mit à joindre tous ses pouces et index pour créer un cadre par lequel il observa la silhouette vaporeuse qui tentait visiblement de disparaitre. L’instant d’après il se ruait sur elle dans un sacrifice pour la plaquer au sol, à la grande surprise de celle ci, se blessant au passage mais moins que ce qu’elle avait dû subir. Laissant l’homme allongé sur le sol, la baronne se rapprocha de la prise de son propre pokémon pour découvrir une feuforêve à présent mal-en-point dont la chevelure écarlate flottait dans le vide comme dans un courant d’eau invisible. Son visage harmonieux ne ressemblait à aucun autre de ses pairs et la jeune femme cru reconnaitre en lui quelques détails qu’elle avait pu trouver chez la gisante. Même acculée, blessée et en position de faiblesse le petit spectre toisait du regard l’humaine qui lui faisait face et dont les lèvres s’étiraient dans un sourire satisfait et moqueur.

- Tu as eu raison de faire ton cirque tu es beaucoup moins impressionnante comme ça… Tu n’es toujours pas disposée à me donner ton nom n’est-ce pas ?
- (Tu n’es pas digne de connaitre quoi que ce soit me concernant)
- Sauf que voilà le soucis, je n’ai aucune idée de ce que tu viens de dire ! Et tu as toujours des infos qui m’intéressent. Et des capacités qui m’intéressent aussi… La tombe est la tienne a ce que j’ai cru comprendre non ? Donc tu ne m’en veux pas si je t’appelle Eris ?

Fouillant dans sa pochette, elle en tira une vieille poké-ball neuve, provoquant une nouvelle agitation chez le spectre et des cris stridents incompréhensible. Malheureusement pour elle, la feuforêve n’avait plus assez d’énergie pour lutter face à l’assaut qu’elle venait d’encaisser et ce fut sur sa défaite que la baronne pu ramasser son trophée et nouveau pokémon. Charles se rapprocha d’elle et releva son chapeau de son pouce avant de se gratter le crâne, affichant un air indécis. Prenant enfin la parole et laissant entendre son accent gouailleur plus typique de sa région natale que le jambon beurre, il s’adressa à Gustave qui se redressait en s’époussetant.

- (Et on va devoir cohabiter avec ça ?)
- (On dirait bien que oui…)
- (J’ai tout comme l’impression que ça va pas être facile. En tout cas si cette folle vient foutre le bazar dans les dossiers en court ou les enquêtes !…)
- (Mais non, t’en fais pas mon Charlie ça va le faire)

Le fossoyeur quand à lui, reprenait peu à peu ses esprit et commençait à sentir un mal de crâne atroce s’initier dans sa tête. La jeune femme vint l’aider à se relever et lui confier qu’elle avait craint pendant un moment qu’il ne soit devenu son propre client. Lui racontant ce qui s’était passé elle omit de lui préciser qu’elle avait choisi de garder la spectre avec elle pendant que lui resta silencieux et attentif avant de récupérer la rune tombée au sol pour la redonner à la jeune femme.

- Vous devriez la garder, on sait jamais. En plus, j’en ai d’autres.
- Bon si vous le dites…
- Vous ne croyez toujours pas aux fantômes alors ?
- Non. Vous savez, quand on crois à des choses que l’on ne comprend pas, on en souffre.
- C’est beau comme phrase.
- C’est pas de moi. Stevie Wonder.
- Ah…
- Vous allez reboucher le trou maintenant ?
- Oui c’est le mieux.
- Dans ce cas si vous le permettez… En fait, même si vous le permettez pas je vais le faire quand même. Gustave !

Le colosse sauta dans le trou et se mit à marteler la pierre gravée de ses poings, l’enfonçant, enchainant fissure sur fissure et la brisant jusqu’à la rendre totalement illisible. La détective quand à elle expliquait à son guide qu’il fallait mieux être prudent à l’avenir tout en oubliant peut être de lui préciser qu’elle voulait conserver cette longueur d’avance qu’elle venait potentiellement de gagner sur les autres équipes sur les traces des clefs. Une fois sa besogne finie, le culturiste s’extirpa de la tombe et attendit de savoir ce que comptait faire sa patronne.

- T’aurais pu remonter la pelle, c’est pas comme si t’avais que deux mains…

Regardant ses pieds d’un air gêné, le titan fut sortit de son morphisme par les paroles du concerné.

- Vous inquiétez pas c’est pas la peine. PUPUCE !

Sous le regard plus que surprit, à la limite de l’ébahissement le plus total, de la détective et de ses pokémons, la pelle du fossoyeur vint d’elle même se placer à coté de son propriétaire et sautiller gaiment sur place. Si la partie exorcisme avait été flippante puis bizarre à sa manière, ça ça devenait particulièrement louche et étrange. Se retournant vers la jeune femme le fossoyeur lui confia.

- Si vous vous rappelez du chemin vous pouvez partir sans moi, j’en ai pour un moment.
- Et pour remettre la gisante ?
- Je me débrouillerais.
- Je peux vous poser une question ?

Sans quitter la pelle des yeux elle se pencha vers lui pour lui murmurer.

- Comment vous faites ça avec votre pelle ?
- C’est Pupuce tout simplement.
- … Je vais y aller effectivement…

Serrant une nouvelle fois la main du brun avant de repartir, elle lui adressa de nouveau ses remerciements et lui confia de lui téléphoner s’il apprenait ou avait besoin de quoi que ce soit. Retrouvant son mutisme au sien des allées ténébreuses de la ville des morts, il fallut un bon quart d’heure à la troupe pour retrouver la Spyker qui attendait sagement qu’on vienne la retrouver. S’installant à l’arrière, la jeune femme passa les trios quarts du trajets à fixer la pokéball de la spectre qu’elle avait capturer sans cesser de se demander si ce qu’elle avait fait était vraiment une bonne idée. D’une part cette chose était dangereuse donc l’écarter du tout public n’était pas plus mal, puis elle détenais des informations apparement précieuses. D’autant plus que de nombreuses fois, ses anciens coéquipiers lui avaient vantés les mérites des spectres lors de situations d’infiltrations ou d’enquêtes compliquées. Mais d’un autre coté, cette chose était dangereuse et c’était là que résidait le problème principal. Et bon sang, qui était elle ? Elle avait refusé d’y répondre mais toutes les pistes qui s’étaient présentées à elle convergeaient vers le même point et ça ne lui plaisait qu’à moitié. Ne sachant pas dans quoi elle venait de s’embarquer, elle rangea la sphère de capsule dans sa sacoche en essayant de trouver un bon coté à cette soirée… Elle avait gagné une prophétie sans queue ni tête et un nouveau pokémon à tendance psychopathiques et meurtrières. En y réfléchissant bien cela correspondait peut être plus aux mauvais cotés. En parallèle, la dite spectre n’avait pas réussi à tuer qui que ce soit et avait des particularités physiques assez spéciales. La cohabitation s’annonçait d’ores et déjà difficile, restait encore à savoir laquelle des deux serait assez têtue pour faire plier l’autre et de toute façon, la baronne avait encore des informations à lui soutirer. De qu’elle manière elle n’en savait rien mais elle les aurait. Même si leurs objectifs divergeaient complètement la femme et l’esprit auraient besoin de coopérer pour arriver à leur fin et ça, aucune des deux ne l’avait encore saisi. Et aucune des deux ne le voulait de toute manière.

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